Avis des médias
" Femme 60 ans, cultivée, distinguée, recherche femme idem pour partager location ". Les petites annonces de ce genre, Notre Temps en publie des dizaines. Rien d’étonnant, ce mensuel destiné aux seniors est souvent le seul moyen pour les plus de 55 ans de trouver un colocataire de leur âge.
Car derrière l’anecdote, il y a une vraie tendance : les retraités se mettent à la colocation, un mode de vie qui n’est plus l’apanage des jeunes.
Yvette et Denise partageant un trois pièces, cela fait sourire ? La situation n’est pourtant pas rare en Suisse, en Allemagne ou encore en Belgique. Dans ces pays, les habitats collectifs pour personnes âgées se sont multipliés depuis quelques années. En France, faute d’organismes adaptés, tout commence doucement.
« J’ai mis une petite annonce dans Le chasseur français, raconte Anne, 65 ans. Je ne suis tombée que sur des vicieux. » Cette retraitée au caractère solide cherche toujours une maison à partager dans le Sud. « Je n’ai qu’une toute petite retraite. La colocation serait pour moi le seul moyen de vivre plus confortablement. » Alors, quand Anne a entendu parler du projet des « cocons solidaires », elle s’est précipitée sur son téléphone.
L’initiative vient de La Trame, une association située dans le Gard, née après la canicule de 2003. Il s’agit de mettre en contact des seniors dans toute la France pour qu’ils s’écrivent, s’appellent, se rencontrent et décident de s’installer ensemble. Une solution qui tombe à pic alors que la génération du baby-boom atteint le troisième âge et que les structures d’accueil restent largement insuffisantes. C’est en observant ses amis que la présidente de l’association, Christiane Baumelle, a eu l’idée de créer ces cocons, « unités de vie collective pour des seniors ne souhaitant pas vivre seuls ».
Au-delà du jargon, cette ancienne psychosociologue à l’esprit soixante-huitard parle de colocation entre trois personnes ou plus. Un petit groupe soudé, qui vivrait dans une maison rénovée. Une grande chambre avec sanitaires pour chacun, et le reste en commun.
Pour elle, il existe différentes raisons de choisir la colocation à 55, 60, ou même 80 ans. « Les avantages financiers d’abord, explique cette retraitée de 67 ans. À plusieurs, le loyer et les charges diminuent. Et puis il y a la solidarité. Avec l’explosion des divorces, tant de gens se sentent seuls une fois à la retraite ! De toute façon, il faudra bien trouver des solutions, parce qu’on ne peut pas compter sur nos enfants pour nous aider.»
Depuis son lancement à l’été 2007, le projet des cocons attire beaucoup de curieux, car il est le seul dans ce genre. Il compte même 150 fidèles, de Marseille à Nantes, qui attendent de trouver les bons partenaires de vie pour se mettre en colocation. 80 % sont des femmes. Pour certaines, le déclic est long à venir. « Plusieurs cocons étaient formés. Et au moment de s’installer, elles ont pris peur. Perdre ses habitudes de solitaire, c’est difficile », explique Christiane Baumelle.
Pourtant, elle peut aisément témoigner du contraire. Depuis trois ans, Christiane partage sa maison de Manduel (Gard) avec Sylvain, 55 ans. Et l’installation d’un homme à domicile s’est faite « très naturellement », précise-t-elle. Le monsieur n’est pas cordon-bleu ? Qu’importe, il bricole, tandis qu’elle se charge de la cuisine. « La répartition des tâches dépend des compétences de chacun. Si je fais une lessive et qu’il a du linge sale, je mets tout dans la machine. » Rien de différent, en somme, d’un foyer normal. « Mais attention, on ne fait pas tout ensemble, ajoute Christiane, nous avons chacun notre indépendance. »
En attendant que les premiers cocons se forment, la présidente de La Trame peaufine son projet. Elle a écrit au Premier ministre pour qu’il facilite la création de baux de location collectifs. Et a contacté des architectes pour réfléchir à la construction de logements adaptés aux cocons (ascenseurs, salles de bain privatives). Enfin, elle sillonne la France pour convaincre ses adhérents de changer de vie.
Aline fait déjà partie des convaincues. Cette retraitée de 65 ans attend la vente de sa maison à Royan, en Charente-Maritime, pour en construire une nouvelle dans la même région, où elle habitera avec d’autres. « Des femmes, insiste-t-elle. J’ai conquis ma liberté, je ne vais pas la confisquer avec un bedonnant ! » Derrière la boutade, le besoin d’être entourée pour affronter les années à venir, les dernières. «Vivre avec quelqu’un, c’est comme une sécurité, là, derrière. Si ça ne va pas, on peut demander de l’aide. La maison de retraite ? J’aime mieux me tirer une balle. »
*www.cocon3s.fr, 04 66 68 10 63
Couture ou tricot ?
Solange, 80 ans, et Maïthé, 53 ans, font partie des personnes intéressées par le projet de colocation mis en place par l’association La Trame. Mais avant de s’installer, elles doivent apprendre à se connaître. Un questionnaire doit les y aider. « L’encas de 10h30 » ou « la liste des courses » sont deux des rubriques qu’elles sont censées remplir. Celles des loisirs mentionne la couture, le tricot ou le crochet. De quoi animer leurs longues soirées d’hiver.
Olga Molinari
Ainsi, depuis plus de douze mois, cinq personnes âgées vivent ensemble et partagent un appartement dans cette ville allemande, qui fût lourdement bombardée pendant la seconde guerre mondiale. Comme le souligne l'une des colocataires dans un récent article du quotidien américain The Christian Science Monitor : « nous faisons toujours attention aux autres », et c'est bien là, l'idée directrice de ce projet.
A l'origine, le concept de partage d'appartements entre aînés vient du nord de l'Europe : Benelux, Suisse ou encore la Suède. Au Pays-Bas par exemple, les colocations de seniors sont cinq fois plus courantes qu'en Allemagne. Quant à la France, aucune expérience de ce type n'est en cours à notre connaissance.
Naturellement, le partage d'appartements entre seniors, en est encore à ses débuts. La colocation entre personnes âgées n'est pas courante, ni habituelle. De nos jours, de nombreux trentenaires ont déjà vécut ce type d'expérience, en France ou à l'étranger, pendant leurs études ou au début de leur carrière. Chez les individus de 60/70 ans, c'est une autre histoire. Ils n'ont jamais eu à partager leur logement avec une autre personne, sauf avec un proche ou des membres de leur famille. Comme le fait remarquer, la porte-parole de ces cinq colocataires, « de nombreuses personnes âgées pensent que ce système n'est pas fait pour elles, c'est ridicule. Les sceptiques, je leur conseille de venir nous voir et de constater par eux-mêmes ». L'année dernière, l'idée a tout de même attiré presque une visite par semaine.
L'une des actuelles colocataires a décidé de quitter son ancienne maison, lorsque son mari est décédé, il y a trois ans. Elle a depuis emménagé dans cet appartement, avec une amie de longue date. « Lorsque je suis venue visiter ce logement, j'ai vu qu'il restait une chambre de libre, j'ai immédiatement décidé de m'installer » précise-t-elle. De son côté, son amie souligne qu'elle s'est rapidement liée avec les autres colocataires. « Nous nous complétons » ajoute-t-elle. Certains sont en charge des courses ou des repas, d'autres organisent des voyages dans les villes environnantes et le seul homme de la maison s'occupe du petit bricolage.
Chaque nuit, chacun se retire dans sa chambre. Elles sont toutes équipées d'une mini salle de bain et d'une kitchenette. « Le soir tout le monde est tranquille, mais je sais que si je ressens le besoin de parler avec quelqu'un, il y a toujours un colocataire pour m'écouter » indique l'une d'entre elles. Et d'ajouter « c'est très important à notre âge ».
Lorsqu'une personne tombe malade ou se blesse, les autres sont là pour la soutenir et l'aider. L'une d'elle s'est blessée à la jambe. Grâce à la présence des quatre autres, elle n'a pas eu à se soucier de ses courses ni de son ménage. Une autre estime que l'on vieillit beaucoup plus vite en maison de retraite, « ici vous vous sentez jeune à nouveau ».
Ce concept est appelé à se développer, puisque qu'il devrait être reproduit dans plus de deux cents logements à travers le pays. « Entre le début de la retraite et la fin de vie, le temps qui s'écoule est de plus en plus long » précise Holger Stolarz qui a rédigé une série d'études sur le logement et le vieillissement. Jusqu'à maintenant, soit l'on vivait à domicile, seul ou en couple, soit l'on intégrait une maison de retraite. « Il est nécessaire, désormais, d'imaginer des solutions alternatives » indique ce spécialiste.
De plus, l'option maison de retraite coûte chère et le gouvernement, qui complète les frais d'hébergements lorsque les pensions ne sont pas suffisantes, tente de minimiser ce type de dépenses. Dans cette optique le partage d'appartements entre personnes âgées pourrait s'avérer une bonne solution : pratique, abordable et permettant aux seniors de vivre à domicile le plus longtemps possible.
Dans ce cas précis le montant du loyer est compris entre 270 et 380 euros par mois. L'agence qui propose cette solution a réalisé pour 42.000 euros de travaux pour rénover et adapter cet appartement.
Tout comme le partage de logements entre seniors et étudiants, la colocation de personnes âgées n'est pas LA solution à la solitude des aînés, ni au manque de place en maison de retraite, ni au maintien à domicile. Il s'agit simplement d'une idée supplémentaire, d'un nouveau concept, d'une solution originale, qui permettra peut-être à ceux qui le désirent et que l'idée séduit, de vivre leur vie à domicile en communauté, d'une manière moderne, rassurante et moins onéreuse.
| C - NOTRE TEMPS .com La colocation version senior – Ne pas vieillir seul |
|
| 21-03-2008 |
| Ils sont issus du babyboum et contrairement à leurs parents ils ont connu les vacances en groupes de potes, les sports, la liberté, la musique, les sorties en boîtes, les voyages, la société de consommation, l’ascension sociale, les accompagnements des enfants à de multiples activités, mais aussi les ruptures de couples, les enfants partagés et gâtés, les essais de familles recomposées, les cancers et leurs dépistages, les solutions à trouver pour leurs parents vieillissants, les angoisses pour l’avenir professionnel de leurs enfants. Ils se sentent encore jeunes, en attente de l’avenir, et n’en reviennent pas de leur âge ! S’ils sont seuls, que faire de leur vie ? Attendre « sagement » la vieillesse ? Impossible ! D’abord parce que la sagesse n’est pas une valeur de leur génération ; Ils ont plutôt remis en cause les choses instituées. N’oublions pas que 1968 a existé et qu’ils se sont construits avec. Et pourtant, que faire d’autre ? Un nouveau couple ? Pourquoi pas, mais cela ne se programme pas. La perspective de rester seul est déprimante pour beaucoup, même si l’activité est là, les relations aussi. N’être attendu à la maison par personne c’est dur, disent ils. Pourquoi ne pas prendre modèle sur les vacances entre copains, les colocations des jeunes, et organiser sa vie de façon à ce que les années passant, le souci de l’autre, l’entraide, soient naturels et réciproques. Car l’angoisse est là. Etre seul en pleine forme c’est vivable, mais être malade, même ponctuellement, et On peut noter que personne n’envisage de solliciter les enfants, car cette génération a beaucoup donné à ses enfants mais sans aucun objectif de retour, ce qui est bien différent de la génération de leurs propres parents. Par ailleurs, ceux qui ont vécu l’accompagnement de leurs parents en fin de vie avec la découverte de « l’enfer » des maisons de retraite, sont prêts à tout pour éviter le même schéma pour eux ! Pour eux l’enjeu est là : Soyez donc les inventeurs et créateurs de cette phase nouvelle de votre vie et soyez les acteurs de décisions et de choix. Et ceci pour vous seuls, enfin. Créez pour vous des « COCON3S » (Cohabitation, cogestion, cooptation, convivialité, solidarité, seniors solos) Ainsi cohabitez à plusieurs dans de grandes habitations. = avoir + pour – cher ! Cooptez - vous, en ayant pris le temps de vous connaître, de confronter les valeurs, les idées, les goûts, les habitudes, les incontournables, les impossibles …….. pour avoir du plaisir dans l’échange, la confrontation d’idées, dans la mise au point de projets à plusieurs, dans le quotidien. En effet, vivre avec des « amis nouveaux » peut être plus léger que avec la famille ou les conjoints ou même les amis anciens , les enjeux et les affects étant moins forts. Les choses peuvent être dites calmement sans réveiller des couleuvres. Les conflits peuvent être plus facilement parlés, démêlés. L’organisation concrète de la vie quotidienne avec la répartition des espaces, des tâches, des coûts, en tenant compte des réalités de chacun, est une expérience intéressante à vivre et qui sera nouvelle pour certains. La vigilance à parler les tensions, les insatisfactions, les colères …. sera aussi une occasion d’apprendre encore de la vie, de bonifier. La vigilance au maintien de l’ouverture vers l’extérieur, à son dosage pour maintenir la cohésion et éviter l’éclatement, sera aussi une preuve de l’attention du groupe à la qualité de sa vie. Cette phase de la vie de chacun, à priori si différente de la vie de couple ou de famille, méritera qu’on écrive sur elle, qu’on analyse les pour et les contre, et qu’on laisse à nos enfants des modèles de vie différents. Christiane BAUMELLE Présidente fondatrice de l’association La TRAME , qui a créé les Cocon3s. L’association qui compte des psychologues, sociologues et acteurs sociaux expérimentés, accompagne la création de chaque cocon3s et met à disposition sur son site www.cocon3s.fr et son forum www.cocon3s.com des outils de facilitation, des articles de réflexion et d’analyse, et des documents juridiques utiles. 2 |
E - Ils rêvent de vieillir sans entrave
Ils ont été des adolescents terribles. « Jouir sans entrave », « Il est interdit d'interdire », « Sous les pavés, la plage », déjà eux... Ils ont fini par vieillir sans jamais grandir, comme on dit des adolescents résistants. Ils ont chopé 50 balais comme qui rigole, en rigolant beaucoup et en continuant à rêver. Puis voilà, une maman qui perd la boule, un papa qui finit ses vieux jours écrasé dans un lit de douleur, une autre qui tremble dans un fauteuil au fond d'une maison de retraite. Comme ils aiment bien réfléchir au monde qui tourne, ils ont dit : « Et nous, comment on n'aimerait pas vieillir ? » Raoul, Édith, Patrick, Tonie, Nicole. Ils sont une petite vingtaine, ils ont 56 ans d'âge moyen et se roulent des clopes dans du papier Job. Ensemble ils ont monté l'association Les Boboyakas, en avril 2008. « Nous sommes des vieux copains issus de ces années-là, commence Édith. Nous étions étudiants, aujourd'hui, on travaille tous encore, mais à chaque fin de repas festif, on se dit qu'on aimerait bien vieillir ensemble. Mieux que nos parents. » «La réalité nous a rattrapés» Vieillir ensemble, mais surtout vieillir dignement. Chacun d'entre eux raconte l'histoire de la fin de vie d'un parent. « On a tous été rattrapés par la réalité de la vieillesse avec nos parents, poursuit Édith. Sur le plan social, affectif, économique. Ce n'est pas l'angoisse qui nous guide, mais la prise de conscience des enjeux. » L'association puise ses sources dans les vieux rêves des années 70. La maison bleue où l'on vient à pied, où l'on ne frappe pas, car ceux qui vivent là ont jeté la clé. Raoul se marre sous sa moustache grise. « Oui, concède-t-il, il s'agit d'une tentative de renouer avec ces projets-là, autour de l'autogestion et de la solidarité. Pas baba cool attention, car je crois plutôt à l'idée d'un projet politique. Nous voulons que la vieillesse soit une période de la vie où l'on reste acteur, sujet jusqu'au bout. Éviter la prise en charge. Pouvoir désirer et décider. » Tous les deux mois, les Boboyakas se retrouvent pendant tout un week-end, plutôt joyeux, et travaillent à l'élaboration de ce projet de vie. Ils savent qu'ils ont encore un peu de marge, quelques années qui vont leur permettre de peaufiner leur pensée. Aujourd'hui, tandis qu'ils approchent de l'âge de la retraite, ils regardent leurs grands enfants avec bienveillance. « On ne veut pas peser. En se prenant en charge, on leur permettra de vivre leur vie sans trop s'inquiéter pour la nôtre », reprend Raoul. Depuis la création de l'association, les grandes lignes ont été dressées dont ils ne dérogeront pas. Reste à mettre en place la faisabilité, le financement, etc. Tonie Medeville, présidente des Boboyakas, affirme que l'association a l'intention d'aller plus loin que les Babayagas, leur référence. « Créer et faire vivre un espace de vie collectif et privé pour ses membres. Le but est de permettre à chacun de ses acteurs de vivre jusqu'à leur disparition physique dans un environnement libre, combatif, laïc, créatif et solidaire. » Tout est dit. Un lieu ? Où ? « Nous n'avons pas décidé s'il fallait le bâtir à la campagne ou à la ville. Il y aura des espaces collectifs et des chambres privées. Nous ne voulons pas d'un ghetto plein de vieux, sinon à quoi bon nous distinguer. Il faudra que cet endroit génère des projets, des actions. On pourra y créer des activités qui attirent toutes les générations. Le désir ne s'arrête pas avec l'âge », tonne Raoul. « Aujourd'hui la vieillesse est une mise à l'écart, nous on dit " non " », ajoute Patrick. Reste la question du montage juridique. Financier. Car pas question de se substituer aux services publics. « On met sur la table un problème de société urgent. Dans 15 ans, il n'y aura pas assez de salariés pour payer les retraites. Tout le monde doit réfléchir. Nous espérons qu'avec les autres groupes qui se constituent, nous réfléchirons ensemble. Et avec les collectivités locales. Le débat est lancé. » --- D'autres initiatives partout en France Entre la solitude à domicile et la maison de retraite, certaines personnes âgées ne peuvent choisir. La peste ou le choléra ? À Paris, un groupe de féministes militantes vieillissantes a choisi de construire une maison adaptée aux besoins liés au vieillissement. Ouverte aux femmes seulement. L'association des Babayagas a ouvert la voie à Montreuil et montré que c'était possible. Une initiative isolée qui a fait des émules et suscité des réflexions un peu partout. Ainsi à Avignon, où une psychosociologue a fondé l'association La Trame, avec pour mission de développer le concept et les unités « Cocon 3S » dans toute la France. Ces unités fonctionnent en réseau, elles facilitent l'adhésion des seniors via le site Internet gratuit (www.cocon3s.fr), organise des réunions d'information, des échanges, des essais et des voyages. Partager les vieux jours Le concept a vu le jour après la canicule de 2003 pour initier des dispositifs et des actions auprès des personnes âgées seules, afin d'éviter les risques liés à la solitude. La famille éclatée ne peut plus remplir son rôle sécurisant, lorsque les parents vieillissent. Les seniors en solo sont légion, beaucoup parmi eux ne souhaitent pas vivre seuls cet ultime morceau de leur vie, d'où l'idée d'un projet de colocation. Il s'agit de partager les frais et les projets, les soucis et les plaisirs. Ces petits collectifs de vie fonctionnent en autogestion, des unités de vie (maisons ou appartements) seront proposées aux occupants potentiels, soit par une SCI (Société civile immobilière), soir par un adhérent, soit une collectivité. Chaque occupant pourra jouir d'une pièce personnelle et pourra y mettre ses meubles et affaires personnelles. Tous pourront profiter des pièces communes. Cependant, chaque résidant paiera sa cote part de loyer propre et de charges, compte tenu de ses revenus et de la taille de sa pièce personnelle. Pour faciliter la vie au quotidien, les comptes et achats de denrées - les repas sont pris ensemble -, une caisse commune en argent liquide pourra fonctionner chaque mois. Une alternative à la solitude « Cocon3s » a pour mission de lutter contre la solitude des seniors, d'éviter les institutions type maison de retraire, hôpital, maison de repos et en mettant l'argent en commun de vivre plus confortablement, que si l'on était seul. De plus il s'agit de conserver le plus longtemps possible l'autonomie et le libre arbitre. Contact : Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. Tél. 02 97 62 80 45.Auteur : ISABELLE CastéraF- Les seniors se mettent à la coloc
à
·
Guirec Gombert
30/11/2007 | Mise à jour : 17:12 | LE FIGARO
LE MONDE | 08.03.08 | 14h36 • Mis à jour le 08.03.08 | 14h36Véronique a 90 ans. Dès son réveil, détecté par des capteurs, la cafetière se met automatiquement en route, ainsi que le distributeur de médicaments et l'ordinateur qui télécharge le journal. La vieille dame vit seule, mais elle peut, grâce au visiophone, converser de visu avec sa fille, puis commander son repas de midi au traiteur. Gymnastique adaptée à son arthrose du genou sous le contrôle visuel de son kinésithérapeute (télé-rééducation), jeux vidéo pour stimuler son cerveau : la matinée sera vite passée. Equipée de son détecteur de chutes - un simple bracelet porté au poignet, qui surveille également son rythme cardiaque et sa tension -, elle occupera l'après-midi par une promenade avec Annette : sa vieille amie habite le pavillon voisin, de plain-pied comme le sien. À LIREAccessibilité pour tous, de Soraya Kompany. éd. Puits fleuri, 2008, 338 p., 29 €. SUR INTERNET- www.altivis.fr/-Personnes-agees-.html, où sont recensés tous les prototypes d'assistance aux personnes dépendantes actuellement testés en France et en Europe.- www-timc.imag.fr/Vincent.Rialle : on peut y télécharger sa thèse, "Technologie et Alzheimer", soutenue en 2007 à l'université Paris-V. - www.cocon3s.frQuel changement par rapport à la vie des personnes âgées que Véronique a connues vingt ans auparavant ! Quand elle y pense, elle en a un frisson rétrospectif. Le maintien à domicile aboutissait souvent à une grande solitude. Et lorsque la personne devenait trop dépendante, elle terminait ses jours, qu'elle le voulût ou non, dans un établissement médicalisé.Ce scénario imaginaire n'est pas pour autant utopique : c'est dès aujourd'hui, en 2008, que s'amorcent les changements. Dans les pays occidentaux, on prévoit une augmentation considérable du nombre de personnes âgées dépendantes : rien qu'en France, selon l'Insee, 10 millions de personnes auront plus de 75 ans en 2040, dont près de 2 millions atteintes par la maladie d'Alzheimer. Bien trop pour que toutes soient accueillies dans des structures spécialisées. C'est pourquoi les pouvoirs publics tentent d'ores et déjà d'encourager le maintien à domicile, plus économique (1 800 euros par mois en moyenne) que le séjour en maison de retraite médicalisée (2 500 euros).Dans notre vie actuelle, vivre vieux chez soi suppose une multiplication des services à la personne. Mais cette solution, souhaitée tant pour créer des emplois que pour prendre en charge la dépendance, s'avère difficile, en raison du manque de personnel qualifié et de la baisse du montant des retraites. Demain, c'est donc sur la "gérontechnologie" qu'il faudra avant tout compter pour restreindre les coûts, soulager les familles et sécuriser le domicile. Ainsi qu'en ont témoigné les participants au colloque "Sciences et démocratie" récemment organisé par la communauté d'agglomération de Grenoble Alpes Métropole, certains de ces dispositifs d'aide à la personne sont déjà en cours d'évaluation. A Grenoble, dans des "appartements intelligents" mis au point par des chercheurs du laboratoire d'ingénierie médicale TIMC-IMAG, on trouve par exemple une lampe qui s'éclaire d'elle-même dès que le jour décline, afin de lutter contre l'angoisse nocturne. Ou encore le visiophone grâce auquel les équipes du centre de télé-assistance peuvent entrer en contact avec la personne âgée dès réception d'une alerte.Verra-t-on à l'avenir se multiplier des aides robotisées plus sophistiquées ? Un déambulateur intelligent, muni de poignées qui vont au-devant des mains de l'utilisateur, l'aide à se lever, détecte et compense ses pertes d'équilibre ? Un distributeur de médicaments, plateau pivotant préalablement garni et programmé par l'infirmière pour une semaine, qui se déverrouille et dispense la dose adéquate au jour et à l'heure prévus ? Des "capteurs de soif" pourraient aussi mesurer le degré d'hydratation du corps, et émettre un signal pour rappeler à la personne âgée qu'il est temps de boire. Tous ces prototypes existent déjà en Europe. Reste à trouver les moyens de leur développement industriel.Plus généralement, les capteurs devraient révolutionner la télé-assistance. Portés sous forme d'un bracelet électronique ou dans les vêtements, ils analyseront les paramètres vitaux des personnes âgées (taux d'oxygénation du sang, pression sanguine, rythme cardiaque) et les transmettront à leur centre de soins. D'autres encore, placés dans l'appartement, détecteront leurs troubles du comportement (chute, malaise) et émettront une alarme.Surveillance excessive ? Vincent Rialle, maître de conférences à l'université Joseph-Fourier et praticien hospitalier au CHU de Grenoble, ne néglige pas le problème éthique. Il fait toutefois valoir que les gérontechnologies sont destinées avant tout "à améliorer la qualité de vie des personnes âgées à domicile et à faciliter le quotidien de leur entourage". Mais si ces aides technologiques peuvent éviter ou limiter la dépendance, elles ne remédieront pas à la solitude. Un problème qu'anticipent dès aujourd'hui nombre de seniors."Le seul moyen de rendre le vieillissement acceptable, c'est de le vivre de manière solidaire", affirme Monique, 55 ans, qui réfléchit avec un groupe de futurs retraités à un projet d'habitat autogéré, inspiré de l'expérience des "coopératives d'habitants" nées en 2002 à Genève (Suisse). "Le principe consiste à réunir dix à quinze seniors dans un immeuble - chacun chez soi - avec un local commun qui comportera une salle avec coin cuisine pour les repas festifs, une buanderie et un studio. Celui-ci pourra accueillir ultérieurement le cabinet d'une infirmière qui aura sa propre clientèle et un contrat prioritaire avec le groupe de seniors", explique Charles Fourrey, architecte retraité, à l'origine de plusieurs projets de ce type à Grenoble.Dans la même logique, une autre initiative projette de regrouper des seniors isolés, aux revenus plus modestes, au sein des "Cocons 3S" (cocon pour "colocation, cohabitation, cooptation, convivialité", 3S pour "solidarité, senior, solo"). Il s'agit de maisons où chacun aura sa chambre (de 300 à 480 euros mensuels). Les résidents partageront les frais et effectueront ensemble ou à tour de rôle les tâches quotidiennes : courses, ménage, préparation des repas. Un questionnaire sur leurs habitudes (alimentation, hygiène, horaires, loisirs) permettra de s'assurer que les futurs voisins partagent les mêmes goûts et les mêmes valeurs. Le premier Cocon ouvrira en mai à Aigues-Vives (Gard).Ces formules sont aux antipodes du lotissement à l'américaine consacré aux seniors, excentré et placé sous surveillance électronique, type Sun City à Phoenix (Arizona), dont plusieurs études dénoncent les effets néfastes (isolement, vie en vase clos). Selon Marc Mousli, chercheur au laboratoire en prospective, stratégie et organisations (Lipsor, CNAM), l'avenir est au retour des seniors en centre-ville. Il leur y sera plus facile de trouver commerces, loisirs, aide ménagère, services de santé et transports en commun. Une prédiction d'autant plus réaliste que la loi no 2005-102 de février 2005 obligeant les villes françaises à devenir, à l'horizon 2015, accessibles aux personnes handicapées, profitera aussi aux personnes âgées.Dernière raison d'espérer pour les seniors de 2030 : selon Joëlle Gaymu, chercheur à l'Institut national d'études démographiques (INED), la longévité masculine sera supérieure à celle d'aujourd'hui. On vieillira donc davantage en couple... pour le meilleur et pour le pire.
Michaëla BobaschArticle paru dans l'édition du 09.03.08.
Abonnez-vous au Monde à -60%
mld
Mis à jour (Mercredi, 17 Février 2010 17:09)
Copyright © 2009 ---.
All Rights Reserved.
Joomla template created with Artisteer.